Reprise de l’article http://www.lagazettedescommunes.com/129204/salles-de-consommation-les-villes-candidates-se-preparent-a-l%e2%80%99experimentation/
Par M. Langlet | Publié le 17/09/2012
Expérimenter des salles de consommation à moindre risque pour les usagers de drogue: le projet est dans les tuyaux du ministère de la Santé. Sur le terrain, les villes candidates et les associations se préparent.
« Je suis en mesure de vous dire aujourd’hui que nous sommes prêts à ouvrir une salle de consommation à moindre risque (SCMR) pour les usagers de drogue » avance Patrick Padovani, adjoint UMP du maire de Marseille chargé des questions de toxicomanie.
Le changement de majorité laisse entrevoir à ces villes candidates la possibilité d’une expérimentation. « J’ai entendu avec intérêt les propositions des maires de grandes villes, comme Paris et Marseille, visant à améliorer la réduction des risques (…). Je leur laisserai donc la possibilité de mener des expérimentations pour améliorer la santé des usagers de drogue et réduire les nuisances dans nos quartiers » avait déclaré François Hollande, interpellé par le site Seronet [2], durant la campagne présidentielle. Fin août, la ministre en charge de la Santé, Marisol Touraine, annonçait que son ministère travaillait sur la question et qu’ils « seront prêts assez rapidement [3]». Les acteurs de terrain misent sur une expérimentation avant 2014 et les élections municipales. Aucun maire ne souhaiterait d’un tel sujet dans sa campagne.
Un comité d’experts à Marseille – A Marseille, la mairie a mis en place un comité d’experts qui travaille depuis un an et demi sur le projet. Il a réalisé un état des lieux de l’usage de drogue dans la ville, détaillé les conditions d’ouverture dans le contexte marseillais, estimé un budget -800 000 euros par an, entamé la concertation avec les élus locaux, les comités d’intérêt de quartier, les associations. Et le message, selon Patrick Padovani, passe plutôt bien : « Quand vous avez tous les jours une centaine de personnes qui hantent les halls d’immeuble, les parkings souterrains, les jardins publics en laissant des seringues derrière elles, les comités d’intérêt de quartier comprennent la pertinence de salles dédiées ».
Le choix des lieux d’implantation – L’adjoint milite depuis plusieurs années pour l’ouverture de telles salles. Elles permettront, selon lui, des économies de santé en prévenant de multiples pathologies, des overdoses, et contribueront à diminuer les nuisances publiques. Patrick Padovani évalue aujourd’hui à deux mois le temps de l’installation « dès lors que la décision gouvernementale d’engager l’expérimentation sera prise ». La ville a été scindée en trois secteurs : sud, nord, centre. Dans chacun de ces secteurs, une salle de consommation de drogue supervisée sera adossée à un centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogue (CAARUD). Dans les secteurs nord et sud, il s’agira probablement des CAARUD de l’hôpital Nord et de l’hôpital Sainte-Marguerite. Dans le centre, le sleep-in, CAARUD géré par le Groupe SOS est pressenti pour accueillir une SCMR. « Un travail avec les habitants est entamé sur le secteur centre » explique Patrick Padovani. Le dispositif a également été présenté à la police « qui n’a, pour l’instant, pas réagi » poursuit l’adjoint.
Paris mène campagne – Paris n’a pas encore de lieu mais un projet associatif totalement abouti. A la mairie, Jean-Marie Le Guen, adjoint chargé des questions de santé, mène depuis deux ans « un travail de sensibilisation du grand public, des professionnels, des élus, des policiers » explique Alexandre Farnault, son conseiller technique. Quatre réunions publiques ont été organisées dans les Xe, XVIIIe, XIXe arrondissements de Paris pour « expliquer la logique qui a amené d’autres villes à mettre en place un tel dispositif ». Une nouvelle réunion publique dans le Xe arrondissement est annoncée le 1er octobre.
Dans ce quartier, les remontées du terrain sont inquiétantes. L’association Safe [4], qui gère les automates de distribution de seringues, observe un accroissement permanent et important de l’activité des deux automates, installés près de la gare du Nord. Au premier semestre 2012, l’un d’eux a distribué 36 000 kits soit 72 000 seringues. « Le besoin d’une telle salle est évident dans ce quartier » avance Pierre Chappard, coordinateur du réseau français de réduction des risques. Pour l’instant, rien n’est décidé sur le lieu. En revanche, l’association pressentie est Gaïa [5], de Médecins du Monde. « Notre projet est écrit, le budget est fait (également estimé à 800 000 euros par an), les fiches de poste sont prêtes, une coordinatrice est nommée et un groupe de travail formé » explique Jean-Pierre Lhomme, président de l’association.
Sensibiliser les riverains – Le projet est aux mains de la mairie centrale. Mais pour Jean-Pierre Lhomme hors de question d’ouvrir sans une large concertation préalable. Et il compte beaucoup sur les élus locaux pour expliquer aux riverains l’objectif de ce dispositif. A ses yeux, ces salles ne sont pas uniquement « un lieu sécurisé pour consommer mais aussi un endroit de rencontre avec des professionnels, médecins, infirmiers, éducateurs, qui répondent à des risques pris dans l’immédiat mais construisent aussi l’avenir en facilitant l’accès à la prévention et aux soins pour des usagers très éloignés des structures existantes ». Un outil qui doit s’inscrire dans une large palette d’institution de prévention et de soins. Rien de plus. Tous, élus et associations, attendent désormais un feu vert du gouvernement et la désignation des villes-test.
Toulouse, Saint-Denis et Bordeaux poursuivent leur réflexion
Si Paris et Marseille semblent les villes les plus avancées, d’autres villes sont en phase de réflexion. Pierre Cohen, maire de Toulouse, s’est dit prêt « à accompagner les mesures que le gouvernement mettra en place » mais, sur le terrain, tout reste à construire. A Saint-Denis – une ville particulièrement concernée par la problématique – le débat n’est pas tranché au sein de la municipalité.
Bordeaux, en revanche, concilie accord politique et projet associatif. Alain Juppé, le maire de la ville, s’est prononcé pour la mise en place d’un groupe de travail qui définira les conditions d’une expérimentation. L’association La Case, déjà CAARUD, propose de dédier une salle de ses locaux. Le projet, prêt depuis plusieurs mois, est dans les dossiers de la mairie et des réunions avec les élus et la préfecture sont à l’agenda. La ville se positionne parmi les candidates à l’expérimentation même si Véronique Latour, directrice de la Case, reconnait que « l’urgence sanitaire n’est pas la même qu’à Paris ou Marseille ». Elle espère toutefois que la ville sera retenue par le gouvernement pour tester le dispositif.
POUR ALLER PLUS LOIN
L’expertise collective de l’Inserm sur la « Réduction des risques chez les usagers de drogue »
Une étude datée de juin 2012 de l’International Drug Policy Consortium sur les expériences étrangères : « Salles de consommation à moindre risque : les preuves et la pratique »
Les actes du séminaire « Salles de consommation contrôlée à moindres risques pour usagers de drogues – Analyses et recommandations des élus locaux » – avril/septembre 2010