Nomination à la présidence de la MILDT : il est urgent d’attendre !

Communiqué de presse Réseau Français de Réduction des Risques du 14 mai 2012

Les paris sur la nomination du prochain président de la MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et Toxicomanies), qui devrait remplacer Etienne Apaire, vont bon train. Aux dernières nouvelles, c’est Frédéric Péchenard, le directeur général de la police nationale qui tiendrait la corde. Une nomination qui ne serait alors qu’une variable d’ajustement des mutations post électorales… et ferait tâche alors que le nouveau gouvernement et son bras interministériel, la MILDT, auront en charge de remettre la politique des drogues française sur les rails de la raison et de l’expertise.

La politique répressive menée ces dix dernières années et surtout les cinq dernières, a été un échec aussi bien sur le plan sanitaire que sur celui de la sécurité et du vivre ensemble. Le symbole de cette politique, la MILDT, est devenue une annexe du ministère de l’intérieur, qui s’est non seulement coupé des associations et des acteurs de terrains, mais aussi des experts français et internationaux, se perdant dans une surenchère de lois et de textes aussi répressifs que contre-productifs.

François Hollande ne s’est pas beaucoup avancé sur la politique des drogues pendant la campagne, mais il a au moins promis de relancer le politique de réduction des risques, avec la mise en place des Programme d’Echange de Seringues en prison et des salles de consommation à moindre risque.2 Pour pouvoir relancer la réduction des risques, mais aussi pour prendre le train des changements internationaux à l’œuvre, il faut se donner le temps de réfléchir à une nouvelle orientation de la MILDT, et donc à la nomination de son président.

Contact presse : Pierre Chappard – Tel : 06 63 55 65 55

Usages de drogues et réduction des risques : les failles béantes du système carcéral

Olivier Sannier (UCSA du Centre Pénitentiaire de Liancourt) vient de publier un article « Réduction des risques et usages de drogues en détention : une stratégie sanitaire déficitaire et inefficiente« , décrivant son enquête sur la consommation de drogue dans le Centre Pénitentiaire de Liancourt. Les résultats mettent en lumière les failles béantes du système carcéral.

Pour réaliser cette enquête, un questionnaire anonyme sur la consommation de drogue avant et pendant l’incarcération a été proposé à la population détenue du Centre Pénitentiaire de Liancourt. 54% des 700 détenus ont répondu. C’est la première fois qu’une étude française pose des question aux détenus sur leur consommation de drogue pendant l’incarcération.

La consommation de drogues illicites est plus élevée dans la prison que dans la population générale, puisque respectivement 38%, 7,1% et 8,1% des répondants déclarent avoir consommé du cannabis, de la cocaïne et de l’héroïne pendant l’incarcération. De plus, l’alcool, normalement interdit en prison a été consommé par 18,9% des répondants pendant leur incarcération. Au niveau des modes de consommation, l’héroïne a été sniffé par 4,2%, fumée par 3,4% et injecté par 1,1% des répondants pendant l’incarcération. De même pour la cocaïne, sniffé par 4,5%, fumée par 2,6% et injectée par 1,1% des répondants.
La prison est aussi un lieu d’initiation à la consommation de drogue, puisque parmi les personnes qui n’avaient jamais consommé de drogues illicites avant incarcération, 3,2 % ont débuté la consommation d’au moins une drogue en prison .

L’enquête nous rappelle que la prison est un lieu de concentration des usagers de drogues. Mais paradoxalement les moyens sanitaires disponibles sont considérablement inférieurs à ceux disponibles en milieu libre. Dans le centre pénitentiaire de Liancourt, il n’est par exemple pas prévu de poste d’addictologue, les temps sanitaires disponibles ne permettent pas la mise en place d’un cadre thérapeutique, ou encore, à peine plus de la moitié des usagers de drogue en sniff ou en injection durant leur incarcération connaissait leur statut VIH, et moins de la moitié connaissaient leur statut VHC et VHB.

L’enquête conclue en affirmant que le cadre répressif carcéral ne paraît pas dissuasif par rapport à la consommation de drogue, et que la répression apparaît aussi inefficace à l’extérieur qu’à l’intérieur de la détention.
Elle propose la mise en place d’une véritable politique sanitaire sur l’usage de drogue en milieu carcéral, en citant des exemples comme la mise en place des Test d’Orientation et de Dépistage Rapide (TROD), ou la mise à disposition de programmes d’échange de seringue et de kits à sniff.

Les usagers de drogues de Copenhague obtiennent leur salle d’injection

Traduction de l’article danois du 18 avril 2012 « Københavns narkomaner får deres fixerum »

La commission sociale de la municipalité de Copenhague a décidé que la première salle d’injection sera installée dans le foyer pour homme de Copenhague.

Hier soir, la commission sociale a clos un débat de plusieurs années sur les salles d’injection, et elle a convenu que la première salle d’injection de la ville sera installé dans le foyer pour hommes dans Istedgade Little.

La salle d’injection fixe n’ouvrira pas avant août 2013, et il sera donc ouvert quelques espaces d’injection temporaires à la maison de la santé de Halmtorvet en octobre 2012.

une bonne synergie

- Beaucoup de toxicomanes sont déjà présents quotidiennement dans le foyer pour hommes et utilisent les soins, les soins dentaires, dit le maire Mikkel Warming et continue:
 
- En plaçant des espaces d’injection ici, nous pouvons créer une bonne synergie avec nos nombreuses autres offres.

Il souligne également qu’il est essentiel d’établir rapidement une solution temporaire.

- Il faudra plus d’un an pour établir une salle d’injection dans le foyer pour hommes. Par conséquent, nous avons décidé de faire quelques espaces d’injection temporaires dans la maison de la santé.

- Ca permettra d’aider les toxicomanes, et de fournir des enseignements précieux pour l’installation permanente dans le foyer pour hommes, dit-il.

changement législatif

Le Département des services sociaux prévoit que le gouvernement adopte en juin un amendement qui permet aux municipalités d’ouvrir des salles d’injection.

Le prix de l’installation de la salle est comprise entre 13 et 18 millions de dollars.

La commission sociale a également convenu qu’il devrait y avoir une évaluation de six mois pour voir si l’espace d’injection dans le foyer pour hommes est utilisé. Les habitants du quartiers, les entreprises et les autres seront également consultés.

Une évaluation du besoin et de la faisabilité de salle de consommation supervisé à Toronto et à Ottawa

Est ce que Toronto et Ottawa ont besoin d’installer des salles de consommation supervisée ? La mise en œuvre de ces installations est elle faisable ?
Pour répondre à ces questions, des chercheurs de l’université de Toronto ont mené une étude évaluant les besoins et la faisabilité des salles de consommation à Toronto et Ottawa (TOSCA). Une étude scientifique impliquant la collecte et l’analyse des données provenant de diverses sources. TOSCA se concentre sur les villes de Toronto et à Ottawa, car ces villes représentent environ la moitié de toutes les personnes qui s’injectent des drogues en Ontario. Toronto a le plus grand nombre de personnes qui consomment des drogues dans la province, mais, contrairement à Vancouver, l’usage de drogues n’est pas aussi fortement concentrée dans un seul endroit. Toronto a aussi des taux relativement faibles de prévalence du VIH parmi les personnes qui s’injectent des drogues. En revanche, Ottawa a le taux le plus élevé de nouvelles infections à VIH parmi les personnes qui s’injectent des drogues en Ontario.

Le rapport complet (en anglais)

François Hollande pour une relance de la politique de réduction des risques et l’expérimentation de salles de consommation à moindre risque

Communiqué de presse du du 19 mars 2012
du Réseau Français de Réduction des risques

François Hollande, candidat PS à la Présidence de la république 2012, présente sa stratégie en matière lutte contre le sida et de réduction des risques liés à l’usage de drogues sur le site internet Seronet (site animé par l’association AIDES).

Il annonce une relance de la politique de réduction des risques, particulièrement malmenée ces dernières années : « Il faut d’abord redonner toute leurs places aux politiques de prévention et de limitation des risques liés à la consommation de drogue, qui ont notamment pour buts d’éviter les contaminations par le VIH et les hépatites ainsi que les overdoses, et d’accompagner vers le sevrage. L’approche exclusivement répressive de la majorité actuelle a conduit à des reculs dans ce domaine. »

Sur le plan des dispositifs à mettre en place, il se dit « favorable à ce qu’on expérimente des actions nouvelles » et laissera à Paris et Marseille « la possibilité de mener des expérimentations (de salles de consommation) pour améliorer la santé des usagers de drogue et réduire les nuisances dans nos quartiers ». Il initiera également un « plan spécifique pour la santé des personnes incarcérées et le sujet de la toxicomanie y sera traité. »

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Actualités : traitements à l’héroïne, salle de consommation, PES en prison, Evo Morales

Les actualités sur les drogues en cette semaine de mars sont nombreuses :- Une nouvelle étude parue lundi vient confirmer l’utilité des traitements à l’héroïne médicalisée pour la dépendance aux opiacés, et notamment par rapport aux traitements à la méthadone. Les patients qui ont reçu de l’héroïne ont un taux de succès plus élevé, mais aussi coûtent moins cher à la société que ceux qui ont reçu de méthadone. Cela n’est pas sans rappeler les recommandations de l’expertise collective de l’Inserm sur la réduction des risques qui demandent la mise en place de programme d’héroïne médicalisée immédiatement en France.

- Sur les salles de consommation à moindre risques, une nouvelle fois, l’Office International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) cible les centres d’injection supervisée dans son rapport annuel et condamne la décision de la Cour suprême du Canada, rendue en septembre 2011, de permettre au centre d’injection supervisée de Vancouver, Insite, de continuer à exister.
Le département d’Etat américain dirigé par d’Hillary Clinton, reprenant le rapport sur les stratégies internationales de contrôle des drogues 2012 de … l’OICS (quel hasard !)  a sermonné mercredi  le Québec (Canada) qui souhaite installer plusieurs salles d’injection supervisée sur son territoire dans le courant de l’année.
Tant que la politique mondiale des drogues sera tenue par les apôtres (USA, OICS) de la tolérance zéro, l’expansion nécessaire des centres de consommation supervisée ne sera jamais un long fleuve tranquille ….

-Justement, cette semaine, c’est réunion des Nations unies consacrée à la drogue, à Vienne. Chef d’Etat, diplomates  et activistes se sont donnés rendez vous pour croiser le fer sur la future politique mondiale des drogues. Le président bolivien Evo Morales a défendu lundi le droit des Boliviens à mâcher les feuilles de coca, ingrédient principal de la cocaïne, en faisant valoir qu’il s’agissait d’une vieille tradition et que son pays luttait par ailleurs contre le trafic de drogue. Mais cette demande n’a aucune chance d’être entendue parce que des pays comme les USA (encore eux) ou la France… arguent que ça saperait le droit international dans le domaine du contrôle des stupéfiants et que ça aurait un « effet domino »…. Décidément, ne changeons rien à cette politique qui tous le monde le sait, fonctionne à merveille !….

- en France, une éclaircie, dans une campagne présidentielle bien morne au niveau de la politique des drogues, vient du secrétaire nationale UMP et député européen, Pr Philippe Juvin, qui a apporté son soutien aux programmes d’échange de seringues en prison sous la forme d’un communiqué de presse vendredi dernier. (ci-joint).

Sanction des usagers de drogues illicites : la circulaire du 16 février 2012 va droit dans le mur !

Communiqué de presse du Réseau Français de Réduction des Risques et du Syndicat de la Magistrature

La circulaire du 16 février 2012, « relative à l’amélioration du traitement judiciaire de l’usage de produit stupéfiant», entérine l’échec de la loi dite « de prévention de la délinquance de 2007 » dans le domaine des addictions. Et comme souvent, c’est en insistant sur une solution qui n’a pas fonctionné que l’on essaye d’en camoufler l’échec.

Les stages de sensibilisation au danger de l’usage de stupéfiant créent par cette loi de 2007, vont être le point de passage obligé de tout usager non dépendant interpellé. Il sera ainsi plus facile d’en revendiquer le « succès », puisque les mesures de classement sans suite et de rappel à la loi sont écartées. Mettons nous à la place d’un adolescent, et imaginons ce qu’il peut penser de ces adultes prêts à le sanctionner aussi différemment selon qu’il boit un verre alcoolisé ou fume un joint. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une condamnation « a priori », qui ne fait aucune nuance entre usage et abus, entre mise en danger de soi ou d’autrui, entre expérimentation ou mise en danger. On punit pour faire peur, on fait peur pour punir, on punit sans discernement. Et on invite manu-militari les parquets à alimenter la glorieuse statistique d’un état-major vieillissant grâce à la « remontée semestrielle ».
De plus, cette mesure est profondément inégalitaire. Quel jeune va pouvoir payer les 450 euros de stages « de sensibilisation aux risques » ? Cela va contribuer à entériner une justice à deux vitesses, une pour les pauvres, et l’autre pour les riches.
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Réaction de quatre spécialistes des addictions sur le traitement judiciaire de l’usage de produit stupéfiant

Philippe Batel, Jean-Pierre Couteron, Michel Reynaud et William Lowenstein ont diffusé un communiqué de presse suite à la publication de la circulaire du 16 février 2012 relative à « l’amélioration du traitement de l’usage de produit stupéfiant ».
Nous reproduisons le texte de ce communiqué en intégralité ci-dessous :

Dans une circulaire du 16 février 2012 « relative à l’amélioration du traitement judiciaire de l’usage de produit stupéfiant», le ministère de la justice recentre ses réponses sur une pénalisation de l’usage de drogues illicites, qui a pourtant largement montrée ses limites. Il ignore superbement l’alcool, les délits qui lui sont associés, son rôle dans une banalisation de la violence, ses effets en terme de santé publique. Il s’agit de faire peur avec les drogues illicites, pas de sauver des vies ni de faire avancer la santé publique.
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Pétition pour demander au Congrès US de revenir sur l’interdiction d’utiliser les fond fédéraux pour financer les programmes d’échange de seringues

Traduction de « Syringe Exchange Program Ban Position Statement »

En réponse à interdiction par le Congrès US du financement fédéraux des programmes d’échange de seringue (PES), plusieurs avocats, menés par Steffanie Strathdee, Gregg Gonsalves, Judy Auerbach, et Chris Collins, ont rédigé cet énoncé (ci-dessous) de position sur les PES condamnant l’interdiction et mettant l’accent sur l’efficacité et l’efficience de ces programmes. Jusqu’à présent, plusieurs militants et des universitaires ont signé la déclaration pour exprimer officiellement leur opposition. Signer vous aussi la pétition

Position sur l’interdiction par le Congrès des États-Unis de l’utilisation des fonds fédéraux pour soutenir les programmes d’échange de seringues

Nous, les soussignés, condamnons la réintégration par le Congrès des États-Unis en décembre 2011, de l’interdiction de l’utilisation des fonds fédéraux pour soutenir les programmes d’échange de seringues (PES). L’interdiction d’utiliser les fonds fédéraux américains pour les PES a été promulguée en 1988, mais avait été abrogé par le Congrès en 2009, après que 8 rapports financés par le fédéral et une pléthore de recherches internationales montrent régulièrement que les PES peuvent réduire le partage des seringues, la prévalence et l’incidence du VIH, et sont coût-efficace.

En outre, il existe un consensus écrasant en faveur d’un ensemble de services de base complets de prévention du VIH pour les personnes qui s’injectent des drogues, qui comprend en plus des PES, les traitement médicamenteux (y compris les traitements assistés par un médicament pour la dépendance aux opiacés), le dépistage du VIH et le conseil, la thérapie antirétrovirale VIH pour les personnes séropositives qui s’injectent des drogues, la prévention et le traitement des infections sexuellement transmissibles, les programmes de distribution de préservatifs pour les personnes qui s’injectent des drogues et leurs partenaires sexuels, des informations ciblées, de l’éducation et de la communication pour les personnes qui s’injectent des drogues et leurs partenaires sexuels, la vaccination, le diagnostic et le traitement des hépatites virales, et le diagnostic et le traitement de la tuberculose. Refuser au PES l’accès au fonds fédéraux américains, limite sévèrement la prestation de ces autres services critiques qui sont généralement offerts par les PES et empêchera les États-Unis d’atteindre ses objectifs nationaux et internationaux sur la prévention du VIH.
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Faut-il dépénaliser les drogues ? Donner votre avis sur le site La Recherche

Face à l’échec des politiques de lutte contre les usages de drogues, des voix s’élèvent partout dans le monde en faveur de leur dépénalisation. En France, le débat divise, à quelques mois de l’élection présidentielle.Le magazine la Recherche organise un débat online sur ce thème : « Faut-il dépénaliser les drogues ?  »

Vous pouvez lire les avis de Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction et de Jean Costentin, et donner le votre sur le site de La Recherche